Certaines entreprises canadiennes versent des dividendes croissants depuis 10, 20, voire 30 ans consécutifs. Ces «aristocrates du dividende» offrent une protection contre l’inflation, un revenu passif fiable et une stabilité remarquable en période de turbulences. Dans cet article, on vous présente 5 d’entre elles — avec les chiffres réels, les risques à connaître et comment les intégrer dans votre portefeuille.
Sommaire Exécutif

Pourquoi la croissance du dividende compte plus que le rendement
Imaginons deux scénarios. Dans le premier, vous achetez une action qui verse un dividende de 7 %. Dans le second, vous achetez une action avec un dividende de 3 % — mais qui augmente ce dividende de 7 % chaque année depuis 15 ans.
Après 10 ans, l’action du deuxième scénario vous verse potentiellement plus que la première. Et surtout, elle ne vous a probablement pas causé de mauvaises surprises en cours de route.
C’est le principe fondamental derrière l’investissement en actions à dividendes croissants : ce n’est pas le rendement d’aujourd’hui qui compte, c’est la trajectoire sur 10, 15 ou 20 ans.
Au Canada, l’inflation gruge silencieusement votre pouvoir d’achat chaque année. Si votre revenu de dividendes reste fixe, vous perdez du terrain. Si vos dividendes augmentent d’année en année — même modestement — vous maintenez ou améliorez votre niveau de vie sans lever le petit doigt.
C’est ce qu’on appelle l’inflation hedge naturel des actions à dividendes croissants.
Pourquoi la croissance du dividende indique la santé d’une entreprise
Une entreprise qui augmente son dividende chaque année envoie un signal fort au marché : elle génère des profits suffisants non seulement pour maintenir ses opérations, mais pour en redistribuer une part croissante à ses actionnaires.
Couper un dividende, c’est l’équivalent d’un aveu de faiblesse. Les conseils d’administration le savent. C’est pourquoi une série de hausses consécutives est un indicateur de discipline financière réelle — pas juste de bonne volonté.
Pour un investisseur en revenu passif, ces entreprises représentent un pilier de portefeuille : moins excitantes que les actions de croissance, mais infiniment plus prévisibles.
Nos critères de sélection
Pour figurer sur cette liste, chaque action devait répondre à des exigences précises :
- Minimum 10 années consécutives de hausse du dividende
- Ratio de distribution raisonnable (pas de dividende financé par de la dette)
- Bénéfices en croissance régulière pour soutenir les hausses futures
- Secteurs diversifiés pour éviter une concentration sectorielle
- Entreprise cotée à la Bourse de Toronto (TSX)
Voici les 5 actions qui ont passé le filtre.
1. Fortis Inc. (TSX : FTS) — L’indétrônable des services publics
Aperçu et profil de croissance
Fortis s’impose comme le leader incontesté des services publics réglementés en Amérique du Nord, desservant plus de 3 millions de clients en électricité et gaz naturel. Sa force réside dans une diversification géographique stratégique : environ les deux tiers de ses bénéfices proviennent des États-Unis, offrant une protection naturelle contre les fluctuations du marché canadien. Ce n’est pas seulement une entreprise de services publics, c’est une machine à générer des flux de trésorerie prévisibles grâce à des actifs réglementés à 99 %, garantissant que ses revenus sont quasi-insensibles aux cycles économiques.
Performance et durabilité du dividende
Véritable « Dividend King » canadien, Fortis affiche un historique exceptionnel de 51 années consécutives de hausse. Avec un rendement actuel oscillant entre 3,5 % et 4 %, l’entreprise vise une croissance annuelle de son dividende de 4 à 6 % jusqu’en 2029, soutenue par un ambitieux plan d’investissement de 25 milliards de dollars. Bien que son ratio de distribution de 75-80 % puisse paraître élevé pour d’autres secteurs, il demeure tout à fait sain pour une utilité publique dont les revenus sont approuvés à l’avance par les régulateurs.
- Chiffres clés :
- Rendement actuel : ~3,5 % à 4 %.
- Historique : 51 années de hausses consécutives.
- Objectif de croissance : Le CA prévoit des augmentations annuelles de 4 à 6 % jusqu’en 2029.
- Ratio de distribution : Situé entre 75 % et 80 %. Bien que ce chiffre soit élevé pour une entreprise technologique, il est considéré comme conservateur pour une utilité publique dont les flux de trésorerie sont garantis.
- Risques à surveiller :
- Sensibilité aux taux : Comme Fortis emprunte massivement pour ses infrastructures, des taux d’intérêt élevés augmentent ses coûts de financement.
- Lenteur de croissance : Ce n’est pas un titre pour doubler son capital rapidement ; c’est un outil de protection et de revenu constant.
2. Enbridge Inc. (TSX : ENB) — Le pipeline qui ne s’arrête jamais
Aperçu et profil de croissance
Enbridge est le plus grand opérateur d’infrastructure énergétique en Amérique du Nord, transportant environ 30 % du pétrole brut du continent. Au-delà du pétrole, l’entreprise a stratégiquement élargi son empreinte dans le gaz naturel et les énergies renouvelables pour diversifier ses revenus. Son modèle d’affaires fonctionne comme un « péage » : les clients paient pour l’utilisation du réseau via des contrats à long terme, ce qui protège environ 80 % de ses flux de trésorerie contre la volatilité des prix des matières premières.
Performance et durabilité du dividende
Avec 31 années consécutives de hausses, Enbridge est un pilier pour les investisseurs de revenus. En décembre 2025, l’entreprise a confirmé sa solidité en annonçant une nouvelle augmentation de 3 % de son dividende pour 2026. Cette croissance est soutenue par un ambitieux programme de capitaux de 39 milliards de dollars destiné à générer de nouveaux revenus récurrents.
- Chiffres clés :
- Rendement actuel : ~5,5 % à 6 %.
- Historique : 31 années de hausses consécutives.
- Dividende annualisé (2026) : 3,88 $ par action.
- Ratio de distribution : ~60-65 % (basé sur les flux de trésorerie distribuables), un niveau très sécuritaire pour le secteur de l’énergie.
- Risques à surveiller :
- Dette et taux d’intérêt : L’importance de sa dette la rend sensible aux coûts de financement élevés.
- Transition énergétique : Bien que le risque soit limité à court terme (10-15 ans), la baisse structurelle de la demande de pétrole reste un défi à long terme.
3. Banque Royale du Canada (TSX : RY) — La force tranquille des banques canadiennes
Aperçu et profil de croissance
La Banque Royale est la plus grande institution financière au Canada par la capitalisation boursière. Ses activités sont hautement diversifiées, couvrant la banque de détail, la gestion de patrimoine, les marchés des capitaux et les assurances. L’acquisition stratégique de HSBC Canada en 2024 a encore consolidé sa position dominante, lui offrant un accès privilégié à une clientèle internationale et commerciale de premier plan. Avec un retour sur capitaux propres d’environ 17 %, elle demeure l’une des banques les plus rentables et les mieux gérées au monde.
Performance et durabilité du dividende
La Banque Royale privilégie une croissance constante et prudente de son dividende. En 2025, elle a poursuivi sur sa lancée avec des hausses successives, portant le dividende trimestriel à 1,64 $ par action, soit une progression de 6 % sur un an. Ce qui distingue RY, c’est sa marge de manœuvre : elle conserve plus de la moitié de ses bénéfices pour réinvestir dans sa propre croissance, assurant ainsi la pérennité des versements futurs.
- Chiffres clés :
- Rendement actuel : ~2,7 % à 3 %.
- Historique : Croissance quasi continue depuis plus d’une décennie.
- Ratio de distribution : ~41-43 % des bénéfices, l’un des plus bas et des plus sécuritaires du secteur bancaire canadien.
- Croissance moyenne (10 ans) : ~7 % par année.
- Risques à surveiller :
- Marché immobilier : Une correction majeure du prix des maisons au Canada ou une hausse marquée du chômage pourrait forcer la banque à augmenter ses provisions pour pertes sur prêts.
- Rendement initial : Le taux de ~3 % est plus modeste que celui des secteurs de l’énergie ou des services publics ; l’intérêt réside ici dans la croissance composée à long terme.
4. Ressources Naturelles Canadiennes (TSX : CNQ) — L’énergie qui récompense la patience
Aperçu et profil de croissance
Canadian Natural Resources (CNQ) est le plus grand producteur indépendant de pétrole et de gaz naturel au Canada. La force de l’entreprise réside dans ses actifs à longue durée de vie, principalement dans les sables bitumineux de l’Alberta. Une fois les infrastructures de production amorties, CNQ bénéficie de coûts d’exploitation parmi les plus bas de l’industrie, transformant chaque baril en une source de liquidités massives. C’est une véritable machine à générer des flux de trésorerie, capable de rester rentable même dans des environnements de prix volatils.
Performance et durabilité du dividende
L’historique de CNQ est tout simplement exceptionnel pour le secteur de l’énergie : 2025 a marqué sa 25e année consécutive de hausse. Avec une croissance annuelle composée (CAGR) de 21 % sur un quart de siècle, l’entreprise a prouvé sa capacité à récompenser ses actionnaires, même durant les crises majeures comme celle de la COVID-19. En 2025, elle a poursuivi cette tradition avec une augmentation de 4 % de son dividende trimestriel, le portant à 0,5875 $ par action.
- Chiffres clés :
- Rendement actuel : ~4 % à 4,5 %.
- Historique : 25 années de hausses consécutives.
- Croissance CAGR (25 ans) : 21 % (une performance rare dans le secteur).
- Ratio de distribution : ~45 % des bénéfices, offrant une protection solide contre les fluctuations du marché pétrolier.
- Risques à surveiller :
- Cours du pétrole : Une chute prolongée du baril de WTI sous les 50 $ pourrait freiner le rythme des augmentations futures.
- Facteurs externes : Les décisions de l’OPEP+ et les enjeux géopolitiques dictent largement la volatilité du titre à court terme, tandis que la transition énergétique demeure un défi structurel à très long terme.
5. Intact Financial Corporation (TSX : IFC) — L’assureur discret qui surperforme
Aperçu et profil de croissance
Intact Financial est le leader incontesté de l’assurance de dommages (habitation, automobile, entreprises) au Canada, avec une présence croissante au Royaume-Uni, en Irlande et aux États-Unis. Moins médiatisé que les banques ou les géants de l’énergie, Intact est pourtant une véritable « perle » boursière. Son modèle d’affaires est naturellement résilient : l’assurance habitation et automobile demeure une nécessité absolue pour les consommateurs, peu importe le contexte économique. L’entreprise se distingue par une adoption précoce de l’intelligence artificielle pour optimiser ses marges et sa tarification.
Performance et durabilité du dividende
Depuis son introduction en bourse en 2009, Intact a augmenté son dividende chaque année sans exception, visant une croissance annuelle de son bénéfice d’exploitation d’environ 10 %. L’entreprise fait preuve d’une discipline de fer dans sa gestion des risques, comme en témoigne son ratio combiné de 92 % en 2024, un indicateur d’excellence dans le secteur. Avec un ratio de distribution très conservateur, Intact privilégie la solidité à long terme tout en offrant l’une des croissances de dividende les plus rapides de cette liste.
- Chiffres clés :
- Rendement actuel : ~2 % à 2,5 %.
- Historique : Hausses annuelles consécutives depuis 2009.
- Ratio de distribution : ~40 %, un niveau très prudent qui laisse une grande marge de manœuvre.
- Croissance moyenne (5 ans) : ~10 % par année.
- Risques à surveiller :
- Sinistres climatiques : L’augmentation de la fréquence des catastrophes naturelles (feux de forêt, inondations) peut impacter ponctuellement la rentabilité technique.
- Disruption numérique : Bien qu’Intact investisse massivement en technologie, l’arrivée de nouveaux joueurs « insurtech » impose une vigilance constante pour maintenir ses parts de marché et ses marges.
i les plus élevées de la liste.
Tableau comparatif des 5 actions
| Action | Ticker | Secteur | Rendement actuel | Années de hausse consécutives | Ratio de distribution | Niveau de risque |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Fortis | FTS | Services publics | ~3,5–4 % | 51 ans | ~75–80 % | Faible |
| Enbridge | ENB | Infrastructure énergétique | ~5,5–6 % | 31 ans | ~60–65 % (FCF) | Faible à modéré |
| Banque Royale | RY | Services financiers | ~2,7–3 % | 10+ ans | ~41–43 % | Modéré |
| CNQ | CNQ | Énergie (pétrole et gaz) | ~4–4,5 % | 25 ans | ~45 % | Modéré à élevé |
| Intact Financial | IFC | Assurances | ~2–2,5 % | 15+ ans | ~40 % | Faible à modéré |
Comment bâtir un portefeuille avec ces 5 actions
Exemple d’allocation simple
L’idée n’est pas de tout mettre dans une seule action, mais de construire un socle diversifié par secteur. Voici un exemple d’allocation équilibrée pour un portefeuille de revenu passif :
| Action | Pondération suggérée | Objectif |
|---|---|---|
| Fortis (FTS) | 25 % | Stabilité et revenu prévisible |
| Enbridge (ENB) | 25 % | Rendement élevé |
| Banque Royale (RY) | 20 % | Croissance du dividende à long terme |
| CNQ | 15 % | Croissance agressive du dividende |
| Intact Financial (IFC) | 15 % | Diversification sectorielle |
Cette allocation couvre quatre secteurs distincts (services publics, énergie, finances, assurances), ce qui limite le risque de concentration. Le rendement moyen pondéré se situerait entre 3,5 et 4 % — avec une trajectoire de croissance qui devrait permettre de doubler ce revenu en 10 à 15 ans.
Combiner avec des FNB
Si vous débutez ou si vous n’êtes pas encore à l’aise d’acheter des actions individuelles, vous pouvez combiner ces actions avec un FNB comme CDZ (iShares S&P/TSX Canadian Dividend Aristocrats) pour obtenir une exposition plus large. Utilisez les actions individuelles pour surpondérer vos convictions, et le FNB comme fondation diversifiée.
Les erreurs à éviter absolument
1. Chasser le rendement le plus élevé
Un dividende de 9 ou 10 % devrait immédiatement lever un drapeau rouge. Le marché intègre souvent ce rendement élevé parce qu’il anticipe une coupure. Un dividende de 4 % qui croît à 7 % par an vous rapportera davantage sur 15 ans qu’un dividende de 9 % qui stagne — ou pire, qui est coupé.
2. Ignorer le ratio de distribution
Le ratio de distribution mesure la part des bénéfices versée en dividende. Un ratio de 90 % signifie que l’entreprise distribue presque tout ce qu’elle gagne — il n’y a pas de marge de manœuvre. Visez des ratios sous 70 % pour les actions ordinaires, ou sous 80 % pour les entreprises de services publics à revenus prévisibles.
3. Négliger la diversification sectorielle
Concentrer votre portefeuille dans les seules banques canadiennes, par exemple, vous expose massivement au marché immobilier canadien. Un problème dans ce secteur toucherait toutes vos positions en même temps. Diversifiez entre au moins 3 ou 4 secteurs différents.
4. Vendre lors des corrections de marché
Le pire moment pour vendre une action à dividendes croissants, c’est quand le prix chute — car c’est souvent à ce moment que le rendement est le plus attractif. Si les fondamentaux de l’entreprise n’ont pas changé, une baisse de prix n’est pas une raison de paniquer. C’est parfois même une opportunité d’acheter davantage.
Conclusion
Les actions à dividendes croissants canadiennes ne vous rendront pas riche du jour au lendemain. Mais elles font quelque chose de plus précieux sur le long terme : elles construisent un revenu passif qui croît chaque année, protège contre l’inflation et résiste aux tempêtes économiques.
Fortis, Enbridge, la Banque Royale, CNQ et Intact Financial ont toutes prouvé, année après année, qu’elles peuvent tenir leur promesse aux actionnaires — même en période difficile. Ce bilan ne s’invente pas.
La stratégie gagnante est simple : achetez régulièrement, réinvestissez vos dividendes tant que vous êtes en phase d’accumulation, et laissez le temps faire son travail. C’est moins glamour que de suivre la prochaine action à la mode — mais c’est beaucoup plus efficace pour bâtir une vraie indépendance financière.
