Pendant des décennies, l’économie canadienne a fonctionné comme le prolongement de la chaîne d’approvisionnement américaine. Ce pacte implicite se fissure. Entre les tarifs douaniers, la révision de l’ACEUM et l’incertitude politique à Washington, Ottawa cherche à élargir ses débouchés, à se rapprocher de l’Europe et à convaincre les capitaux du monde entier de construire au Canada.
Le signal le plus visible est venu à Toronto les 14 et 15 septembre, au premier Sommet sur l’investissement au Canada. Le gouvernement de Mark Carney y a répété son objectif de catalyser 1 000 milliards de dollars d’investissements sur cinq ans, dans l’énergie, les transports, les données et la défense. C’est une cible gouvernementale, pas de l’argent déjà investi.
Pour un investisseur particulier, la question n’est pas idéologique, elle est pratique : si cette transition s’accélère, quels secteurs économiques canadiens tireront leur épingle du jeu, et par quels FNB positionner son portefeuille sans s’exposer à un risque excessif ?
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Diversification économique du Canada : pourquoi Ottawa change de cap
Entre les deux tiers et les trois quarts des exportations canadiennes de marchandises vont aux États-Unis, selon la période et la méthode de calcul. C’est une concentration considérable. Les tarifs américains sur l’acier, l’aluminium, le cuivre, le bois d’œuvre et certaines pièces automobiles demeurent en vigueur, même si les produits conformes à l’ACEUM restent largement exemptés. La révision de l’accord alimente l’incertitude, et Ottawa a créé en avril un comité consultatif sur les relations économiques avec les États-Unis.
En parallèle, le gouvernement cultive d’autres alliances. Le 17 septembre, à Strasbourg, Mark Carney a accueilli une proposition de partenariat de la Commission européenne, dont le statut de « membre associé » reste à définir. Commerce, défense, minéraux critiques, énergie : ces chantiers recoupent les secteurs ci-dessous. Les déplacements du premier ministre en Asie, à l’automne 2025, allaient dans le même sens.
Investir au Canada : les secteurs qui pourraient en profiter
TD Economics recense plus de 1 000 milliards de dollars de projets majeurs déjà annoncés, dont environ 363 milliards en énergie, 281 en défense, 158 en intelligence artificielle, 140 en ressources et 114 en transports. Ce sont des intentions, pas des chantiers terminés. Les données ci-dessous viennent des documents des gestionnaires les plus récents au moment de la rédaction et changent régulièrement.
Énergie
XEG — iShares S&P/TSX Capped Energy Index ETF
Coté sur le TSX avec un ratio de frais de gestion de 0,61 %, XEG gère environ 2,5 milliards de dollars d’actifs et offre un rendement en dividendes d’environ 3,5 %. Ses principales positions regroupent Canadian Natural Resources, Suncor, Cenovus, Imperial Oil et Tourmaline Oil, les deux premières représentant à elles seules près de la moitié du portefeuille.
Profil et modèle d’affaires
XEG est un fonds concentré en exploration et production pétrolière et gazière. Son indice écarte délibérément le raffinage pur, le transport par pipeline et les installations de stockage. Les sociétés qui le composent se distinguent aujourd’hui par une rigueur financière exemplaire : des bilans assainis, une faible dette nette et un retour massif de capital aux actionnaires sous forme de rachats d’actions et de dividendes bonifiés.
Catalyseurs du plan de 1 000 G$ et ouverture vers l’Europe et l’Asie
Historiquement, les producteurs de l’Ouest canadien subissent une décote sur le Western Canadian Select par rapport au WTI parce qu’ils sont captifs du réseau de raffinage américain. L’entrée en service à pleine capacité de l’oléoduc Trans Mountain et l’essor des terminaux côtiers de gaz naturel liquéfié, comme GNL Canada et Cedar LNG, changent la donne. Ces infrastructures permettent de contourner les acheteurs américains pour livrer directement aux marchés asiatiques et européens, avides de sécuriser leur approvisionnement énergétique hors de l’orbite russe. Pour les entreprises de XEG, cela se traduit par de meilleurs prix nets réalisés par baril et une sensibilité réduite aux aléas politiques de Washington.
Risques et place dans le portefeuille
Ce fonds demeure exposé à la cyclicité des cours mondiaux du pétrole et à une forte concentration sur deux géants nationaux. Après une progression d’environ 50 % depuis le début de l’année, le point d’entrée demande de la discipline. Il trouve sa place en position satellite, idéale pour capter la rente énergétique et l’expansion commerciale canadienne vers de nouveaux partenaires internationaux.
Matériaux et minéraux critiques
XMA — iShares S&P/TSX Capped Materials Index ETF
Offert sur le TSX avec un RFG de 0,61 %, XMA rassemble des titres phares comme Agnico Eagle Mines, Barrick Gold, Wheaton Precious Metals, Franco-Nevada et Kinross Gold.
Le mirage des matériaux de base
Malgré son appellation sectorielle, XMA n’est pas un fonds de transition énergétique ni de métaux industriels. Il est composé à plus de 70 % de producteurs d’or, d’argent et de sociétés de redevances minières. Les composantes liées à la fertilisation comme Nutrien ou aux métaux de base comme Teck Resources et First Quantum n’y occupent qu’une place secondaire. Ce fonds réagit aux anticipations d’inflation, aux mouvements des taux d’intérêt et à la dédollarisation globale plutôt qu’aux subventions industrielles d’Ottawa. C’est un instrument d’assurance macroéconomique, mais un véhicule inefficace pour miser sur les minéraux critiques du plan canadien.
COPP — Global X Copper Producers Index ETF
Négocié sur le TSX avec des frais de 0,78 %, COPP est un fonds couvert en dollars canadiens détenant environ 68 % de sociétés canadiennes, dont First Quantum Minerals, Teck Resources et Hudbay Minerals, complétées par des acteurs internationaux comme Freeport-McMoRan et Southern Copper.
Le rôle pivot du cuivre dans les corridors commerciaux
Le cuivre représente le véhicule par excellence pour s’exposer à l’électrification mondiale, à la modernisation des réseaux électriques et aux centres de données dédiés à l’intelligence artificielle. Dans le cadre du grand plan d’infrastructures, les corridors de transport reliant le Cercle de feu en Ontario et les mines de Colombie-Britannique visent expressément à alimenter les chaînes industrielles d’Europe occidentale, qui cherchent à s’affranchir de la domination chinoise sur le raffinage. Même si le cours du FNB a bondi de plus de 80 % sur douze mois, il demeure une pièce maîtresse pour capter les investissements directs dans les minéraux critiques, à condition de tolérer une volatilité opérationnelle et politique prononcée.
HURA — Global X Uranium Index ETF
Avec un RFG de 0,98 % sur le TSX, HURA investit dans des chefs de file de la filière nucléaire comme Cameco, Kazatomprom, NexGen Energy, Oklo ainsi que le Sprott Physical Uranium Trust.
Renaissance nucléaire et alliances occidentales
La relance de l’énergie nucléaire en Europe et le déploiement de réacteurs modulaires créent un déséquilibre structurel entre l’offre et la demande de combustible. Le bassin de l’Athabasca en Saskatchewan place le Canada au premier rang des juridictions fiables pour approvisionner les démocraties occidentales. Cependant, l’investisseur doit noter que seulement la moitié des avoirs du fonds est canadienne; près d’un cinquième est situé au Kazakhstan via Kazatomprom, ce qui expose le capital à des risques géopolitiques et logistiques complexes.
Défense, aérospatiale et cybersécurité
CAMO et SHLD : Des placements mondiaux sous pavillon canadien
Le fonds SHLD de Global X affiche un RFG de 0,68 % et détient principalement des géants de l’armement comme RTX, Lockheed Martin, General Dynamics et Palantir. De son côté, le FNB CAMO d’Evolve regroupe une trentaine de chefs de file mondiaux de l’aérospatiale et de la sécurité militaire.
Comprendre la provenance réelle des retombées
Le gouvernement canadien s’est engagé à porter son budget militaire à 2 % du PIB pour respecter les exigences de l’OTAN et sécuriser les voies maritimes arctiques. Cependant, le marché boursier canadien ne compte aucun fabricant d’armement lourd ou d’aéronefs de combat de premier plan; nos sociétés cotées agissent principalement comme sous-traitants dans la simulation, les logiciels ou les composantes spécialisées. Lorsqu’Ottawa ou les gouvernements européens commandent des avions de chasse ou des batteries antiaériennes, la quasi-totalité des flux financiers est captée par les géants industriels américains et européens. Investir dans CAMO ou SHLD permet donc de profiter de la hausse planétaire des budgets militaires, mais il s’agit pour l’essentiel d’une allocation internationale et américaine libellée en dollars canadiens, et non d’un pari sur l’appareil productif intérieur.
Infrastructures
PPLN — Global X Equal Weight Canadian Pipelines Index ETF
Affichant un RFG réduit de 0,35 %, PPLN distribue des versements mensuels correspondant à un rendement annuel d’environ 4,3 % à 4,6 %. Sa structure répartit le capital à parts égales, soit environ 20 % chacune, entre Enbridge, TC Energy, Pembina Pipeline, Keyera et South Bow.
Le modèle de péage au service des exportations
Contrairement aux producteurs dont les marges dépendent du prix quotidien des hydrocarbures, les exploitants de pipelines fonctionnent sur un modèle de péage contractuel à long terme, souvent indexé à l’inflation. Pour concrétiser le pivot commercial canadien vers l’Europe et l’Asie, l’acheminement des hydrocarbures jusqu’aux ports d’exportation maritimes est indispensable. Les terminaux de liquéfaction, les installations de stockage et les infrastructures de raccordement prévus dans les 167 projets reposent directement sur ces entreprises.
Profil d’investisseur recherché
Les défis de ce fonds concernent la lourdeur de la dette des entreprises et la lenteur des approbations réglementaires pour les nouveaux tracés. Malgré cela, sa faible volatilité relative et la régularité de ses distributions en font un choix tout désigné pour l’investisseur cherchant un flux de trésorerie défensif au sein d’un compte non enregistré, d’un CELI ou d’un REER.
Entreprises tournées vers l’international
Aucun FNB « exportateurs canadiens » n’existe en soi. Ces sociétés sont dans les FNB larges, et « tournées vers l’international » ne veut pas dire « moins américaines » : plusieurs tirent déjà une part importante de leurs revenus des États-Unis.
Et les FNB américains? COPX (Global X Copper Miners ETF) et URA (Global X Uranium ETF) sont plus profonds, mais cotés en dollars américains. Pour un Canadien, cela ajoute un risque de change, des frais de conversion (le Norbert’s Gambit peut les réduire) et la retenue américaine de 15 % sur les dividendes. Elle est généralement absente dans un REER, appliquée et non récupérable dans un CELI, et parfois compensée par un crédit pour impôt étranger dans un compte non enregistré. Ces thèmes versent peu de dividendes, donc l’impact reste modeste.
Meilleurs FNB canadiens : sectoriels ou marché large?
Faut-il forcément multiplier les FNB spécialisés? Non. Les FNB diversifiés — XIU (iShares S&P/TSX 60, TSX, RFG 0,17 %, 61 titres), ZCN (BMO S&P/TSX Capped Composite, TSX, RFG 0,06 %, 223 titres) et VCN (Vanguard FTSE Canada All Cap, TSX, RFG d’environ 0,05 %) — détiennent déjà Enbridge, Canadian Natural Resources, Agnico Eagle ou Brookfield.
Vous participez donc au virage, mais de façon diluée. À la fin de 2025, la finance pesait plus du tiers de VCN, contre environ 7 % pour l’énergie. C’est un défaut si vous voulez maximiser le pari, une qualité si vous voulez limiter le risque : XIU affichait 13,46 % depuis janvier à fin juillet, sans la volatilité d’un FNB d’uranium.
Tableau récapitulatif
| Secteur clé | FNB principal | Rôle dans le portefeuille |
| Énergie (Pétrole & Gaz) | XEG | Croissance cyclique axée sur les nouveaux corridors d’exportation |
| Infrastructures & Énergie | PPLN | Dividendes stables et prévisibles (transport par pipeline) |
| Minéraux critiques (Cuivre) | COPP | Croissance portée par l’électrification et les réseaux électriques |
| Énergie nucléaire | HURA | Thèse spéculative à forte volatilité (uranium mondial) |
| Défense & Technologie | SHLD | Thématique globale (attention : principalement américain) |
| Marché canadien global | XIU / ZCN / VCN | Cœur de portefeuille diversifié à frais minimes (0,05 % à 0,17 %) |
Le Canada peut-il réellement se détacher des États-Unis?
Pas complètement, et ce n’est pas l’objectif réel. Les États-Unis resteront vraisemblablement le principal partenaire commercial du Canada : la géographie, les chaînes d’approvisionnement intégrées et la taille du marché ne se remplacent pas en quelques années. Le « détachement » désigne une diversification progressive, pas une rupture.
Les chiffres invitent d’ailleurs à la nuance. La hausse récente des exportations vers le Royaume-Uni s’explique en bonne partie par des transactions d’or, non par un changement structurel des échanges. Pourtant, chaque point d’exportations redirigé vers l’Europe ou l’Asie compte pour les producteurs d’énergie et de minéraux, qui négocient mieux quand ils ont plus d’un acheteur.
Les risques pour l’économie canadienne et vos FNB
- Les annonces politiques peuvent prendre des années à produire des résultats.
- Certains projets seront retardés ou annulés.
- Les sociétés énergétiques et minières restent cycliques.
- Les FNB thématiques sont souvent coûteux et concentrés.
- Une partie de l’optimisme est peut-être déjà dans les cours : XEG et COPP ont fortement monté.
- Un changement de gouvernement ou de politique commerciale pourrait modifier le scénario.
Verdict : quels FNB semblent les mieux placés?
Si le Canada attire réellement plus de capitaux et diversifie ses partenaires, les FNB les mieux placés semblent être ceux qui détiennent les secteurs où se concentrent les projets : énergie et pipelines, minéraux, infrastructures. La prudence commande toutefois une architecture simple. Un FNB canadien diversifié (XIU, ZCN ou VCN) forme le cœur du portefeuille, et les FNB sectoriels sont des positions complémentaires plus petites. À titre d’illustration seulement, plusieurs investisseurs plafonnent l’ensemble de leurs positions thématiques à 10 à 15 % du portefeuille.
Selon votre profil, l’investisseur axé sur le revenu pourrait regarder PPLN, et l’investisseur de croissance XEG ou COPP. HURA et SHLD s’adressent à ceux qui acceptent une forte volatilité et des thèmes plus mondiaux que canadiens.
Quels FNB canadiens surveillez-vous?
Le virage économique du Canada est réel, mais ses gagnants ne sont pas encore désignés. Quels FNB canadiens gardez-vous à l’œil : énergie, minéraux, infrastructures, ou simplement le marché large? Dites-le-nous en commentaire.
Cet article est fourni à des fins d’éducation et d’information. Il ne constitue pas un conseil financier personnalisé. Les performances passées ne garantissent pas les résultats futurs; consultez un professionnel qualifié avant d’investir.

