Je m’appelle Rachid Fouadi, CPA et titulaire d’une maîtrise en finance. Une question revient sans cesse dans mes messages : « Quelles sont les meilleures actions canadiennes à dividendes en ce moment? »
C’est une excellente question, mais c’est la mauvaise façon de l’aborder. Choisir une action parce qu’on l’a vue passer sur les réseaux sociaux, ce n’est pas investir — c’est spéculer avec un vernis de confiance. J’ai donc construit un screener boursier objectif pour identifier des actions canadiennes à dividendes de qualité selon des critères mesurables. Voici exactement comment je m’y prends.
L’investissement en dividendes reste particulièrement attrayant en 2026. Générer un revenu passif au Canada devient une priorité pour les ménages qui veulent réduire leur dépendance à un seul chèque de paie. La Bourse de Toronto (TSX) est généreuse à ce chapitre : elle regorge de sociétés matures et rentables — banques, énergie, pipelines — qui versent des dividendes constants depuis des décennies.
Avertissement important : Cet article est présenté à des fins éducatives uniquement et ne constitue pas un conseil financier personnalisé. Les informations partagées reflètent mon processus d’analyse personnel et ne tiennent pas compte de votre situation individuelle. Avant d’investir, consultez un conseiller financier qualifié et faites vos propres recherches.
Ma méthodologie : pourquoi utiliser un screener plutôt que choisir « à l’instinct »
Un screener est simplement un filtre : plutôt que d’examiner des milliers d’actions du TSX une par une, on définit des critères précis et l’outil ne retourne que les entreprises qui les respectent toutes simultanément. Ça retire l’émotion de l’équation — on sélectionne une entreprise parce qu’elle répond objectivement à des standards de qualité, pas parce qu’on aime son produit. Voici les cinq critères utilisés.
Mes critères de sélection
1. Rendement du dividende supérieur à 3 %
Le rendement du dividende, c’est le montant annuel versé divisé par le prix de l’action. Un seuil de 3 % procure un revenu passif intéressant sans viser les rendements « trop beaux pour être vrais ».
Pourquoi ce seuil? Un rendement extrême (10-12 %) est souvent un signal d’alarme : le marché « punit » le prix d’une action lorsqu’il anticipe une coupure de dividende.
2. Ratio cours/bénéfice (P/E) inférieur à 25
Le P/E indique combien on paie pour chaque dollar de profit généré. Un P/E de 25 signifie payer 25 $ pour 1 $ de profit annuel.
Pourquoi ce seuil? Un P/E trop élevé signale une action potentiellement surévaluée par rapport à ses profits réels — j’élimine ainsi les titres détachés de leurs fondamentaux.
3. Rendement des capitaux propres (ROE) supérieur à 10 %
Le ROE mesure l’efficacité avec laquelle une entreprise génère des profits à partir du capital des actionnaires.
Pourquoi ce seuil? Une entreprise peut verser un dividende généreux tout en étant mal gérée. Le ROE agit comme un filtre de qualité de gestion.
4. Capitalisation boursière supérieure à 2 milliards CAD
La capitalisation, c’est la valeur totale de l’entreprise en Bourse. Ce seuil élimine les micro-capitalisations.
Pourquoi ce seuil? Les petites entreprises sont souvent plus volatiles, moins liquides et disposent de moins de ressources pour traverser un ralentissement — un risque structurel à éviter pour un investisseur débutant ou intermédiaire.
5. Performance sur 5 ans supérieure à 30 %
Ce critère mesure l’appréciation du cours sur cinq ans.
Pourquoi ce seuil? Un bon dividende ne compense pas toujours une action qui s’effondre année après année (un « piège de valeur »). Ce filtre cible des entreprises qui ont su créer de la valeur, en plus de verser un dividende.
Résumé de mes critères
| Critère | Seuil utilisé | Ce qu’il mesure |
|---|---|---|
| Rendement du dividende | > 3 % | Le revenu généré par rapport au prix payé |
| Ratio P/E | < 25 | Si l’action est raisonnablement évaluée |
| ROE | > 10 % | L’efficacité de la gestion du capital |
| Capitalisation boursière | > 2 G$ CAD | La taille et la stabilité relative |
| Performance 5 ans | > 30 % | La création de valeur à long terme |
Les résultats du dépistage
En appliquant ces cinq filtres simultanément sur l’ensemble du marché canadien, voici les 8 entreprises qui se sont le plus démarquées et que j’ai retenues pour cette analyse.
| Symbole | Entreprise | Secteur | Rendement Div | P/E | Perf. 5 ans |
|---|---|---|---|---|---|
| BNS | Banque de Nouvelle-Écosse | Finance | 3,61 % | 17,01 | +57,90 % |
| CNQ | Canadian Natural Resources | Énergie | 3,63 % | 14,40 | +229,78 % |
| SLF | Sun Life Financière | Finance | 3,16 % | 21,75 | +79,55 % |
| PPL | Pembina Pipeline | Industriels | 4,18 % | 24,15 | +67,95 % |
| SOBO | South Bow Corp | industriels | 5,36 % | 19,76 | +85,64 % |
| PEY | Peyto Exploration & Development | Énergie | 5,21 % | 11,11 | +261,88 % |
| FRU | Freehold Royalties | Divers | 6,31 % | 20,04 | +97,92 % |
| NWC | North West Company | Commerce de détail | 3,23 % | 17,50 | +40,51 % |
Important : passer ces filtres quantitatifs signifie seulement que ces entreprises méritent qu’on s’y attarde — pas qu’il faut les acheter les yeux fermés. Un screener ne comprend pas le contexte : il ne sait pas qu’un secteur est fortement exposé aux matières premières ou en pleine consolidation. C’est là que l’analyse individuelle entre en jeu, idéalement dans le cadre d’un portefeuille diversifié.
Mes coups de cœur parmi les résultats
Voici mon analyse des 8 entreprises retenues, avec forces, risques et profil d’investisseur.
| Entreprise | Pourquoi elle se démarque | Profil d’investisseur |
|---|---|---|
| BNS | Diversification en Amérique latine | Revenu classique |
| CNQ | Coûts parmi les plus bas de l’industrie | Croissance + revenu |
| SLF | Expansion en Asie et gestion d’actifs | Diversification financière |
| PPL | Revenus contractuels stables | Revenu stable |
| SOBO | Rendement élevé, croissance du BPA | Revenu, tolère l’incertitude |
| PEY | Discipline de coûts, faible P/E | Croissance, tolère la volatilité |
| FRU | Modèle de redevances à faibles coûts | Revenu élevé |
| NWC | Marchés captifs, pouvoir de prix | Titre défensif |
1. Banque de Nouvelle-Écosse (BNS)
L’une des cinq grandes banques canadiennes, avec une empreinte particulièrement forte en Amérique latine (Mexique, Pérou, Chili, Colombie) — un positionnement unique parmi ses pairs.
Avantage concurrentiel : Son réseau latino-américain donne accès à des marchés à croissance démographique plus rapide que le Canada, une diversification que n’ont pas la plupart des autres grandes banques.
Durabilité du dividende : Les grandes banques canadiennes évoluent sous l’une des réglementations les plus strictes au monde, ce qui a soutenu des versements ininterrompus depuis plus d’un siècle. Son P/E de 17,01 reste raisonnable pour le secteur.
Perspectives et risques : Une reprise de près de 58 % sur 5 ans témoigne d’une amélioration après une période difficile, mais l’exposition internationale l’expose aussi à la volatilité des devises et aux risques politiques propres aux marchés émergents.
À retenir
Un titre bancaire canadien classique, avec un profil de croissance différencié grâce à sa diversification latino-américaine.
2. Canadian Natural Resources (CNQ)
L’un des plus grands producteurs pétroliers et gaziers diversifiés au Canada, avec des actifs dans les sables bitumineux, le pétrole conventionnel et le gaz naturel.
Avantage concurrentiel : CNQ opère avec l’une des structures de coûts les plus efficaces de l’industrie, ce qui lui permet de rester rentable même sous pression sur les prix — un avantage rare face à des concurrents plus coûteux.
Durabilité du dividende : L’entreprise a bâti une réputation de croissance de dividende constante, appuyée par la diversification de ses actifs (pétrole lourd, léger, gaz), ce qui l’aide à mieux traverser les cycles que des producteurs plus spécialisés.
Perspectives et risques : Une performance de près de 230 % sur 5 ans, combinée à un P/E de seulement 14,40, suggère que le marché n’a pas pleinement récompensé cette croissance. Reste que ses résultats demeurent liés au prix du pétrole et du gaz — une baisse prolongée pourrait affecter ses versements.
À retenir
Pour un investisseur à l’aise avec le secteur des ressources, un des producteurs les mieux positionnés pour traverser les cycles de prix.
3. Sun Life Financière (SLF)
Une société d’assurance-vie et de gestion de patrimoine avec une présence significative au Canada, aux États-Unis et en Asie.
Avantage concurrentiel : Sa présence en Asie, dans des marchés à forte croissance démographique, la distingue des assureurs purement nord-américains et lui offre un relais de croissance additionnel.
Durabilité du dividende : Le secteur de l’assurance génère des flux de trésorerie prévisibles, ce qui soutient historiquement des versements stables, et son ROE solide confirme une gestion efficace du capital.
Perspectives et risques : Une performance de près de 80 % sur 5 ans en fait un choix intéressant en complément — non en remplacement — des grandes banques, mais une légère baisse récente de la croissance du bénéfice par action mérite d’être surveillée.
À retenir
Un moyen de diversifier son exposition financière au-delà des banques, avec un relais de croissance en Asie.
4. Pembina Pipeline Corporation (PPL)
Une entreprise d’infrastructures énergétiques qui transporte, traite et stocke du pétrole et du gaz naturel — essentiellement un « propriétaire d’autoroutes » pour l’énergie canadienne.
Avantage concurrentiel : Son modèle contractuel (« fee-based ») génère des revenus stables basés sur des contrats à long terme plutôt que sur le prix des matières premières, réduisant sa sensibilité directe aux fluctuations énergétiques — un des modèles les plus stables du secteur pour soutenir un rendement de 4,18 %.
Perspectives et risques : L’expansion des infrastructures d’exportation de gaz naturel liquéfié (GNL) au Canada représente un moteur de croissance à surveiller, mais ces projets font aussi face à des risques réglementaires et environnementaux qui peuvent retarder leur mise en service.
À retenir
Une façon d’obtenir une exposition énergétique moins volatile qu’un producteur direct, avec un revenu stable.
5. South Bow Corp (SOBO)
Pipelines de liquides, issue de la scission d’une grande société énergétique canadienne, incluant le réseau Keystone. Rendement le plus élevé de mes coups de cœur (5,36 %) et forte croissance du BPA (+92,25 %). Modèle contractuel à long terme comme Pembina, mais historique encore court comme entité indépendante.
À retenir
Un rendement attrayant, mais un historique limité — à surveiller de près.
6. Peyto Exploration & Development Corp. (PEY)
Producteur de gaz naturel du Deep Basin albertain, reconnu pour sa discipline de coûts. Meilleure performance 5 ans du groupe (+261,88 %) avec un P/E parmi les plus bas (11,11). Peyto ajuste activement son dividende selon le prix du gaz — une gestion prudente, mais une concentration sectorielle qui implique plus de volatilité.
À retenir
Un potentiel de croissance élevé pour qui tolère la volatilité du gaz naturel.
7. Freehold Royalties Ltd. (FRU)
Entreprise de redevances pétrolières et gazières — elle touche un pourcentage sur la production réalisée par d’autres sur ses terres, sans les coûts d’exploitation directs. Rendement très attrayant de 6,31 %, diversifié entre le Canada et les États-Unis, mais un rendement aussi élevé mérite toujours qu’on vérifie sa couverture par les flux de trésorerie.
À retenir
Une exposition énergétique à haut rendement, avec un modèle plus léger qu’un producteur traditionnel.
8. North West Company Inc. (NWC)
Chaîne de détail opérant dans des communautés nordiques et éloignées au Canada, en Alaska et dans les Caraïbes — le seul titre de détail des résultats. Son modèle, desservir des marchés à faible concurrence, lui procure un pouvoir de prix rare dans ce secteur, mais sa dépendance à des marchés géographiques restreints reste un facteur à surveiller.
À retenir
Un titre défensif pour diversifier au-delà de la finance et de l’énergie.
Mon classement
Voici comment je classerais ces 8 entreprises, du plus fort au plus faible. Ce classement est subjectif — il reflète ma lecture personnelle de la qualité et des perspectives de chaque titre, pas une vérité absolue.
- CNQ — Le meilleur équilibre entre coûts bas, diversification et valorisation.
- BNS — Solidité bancaire canadienne et diversification internationale.
- PPL — Revenus contractuels parmi les plus prévisibles du secteur énergétique.
- SLF — Diversification financière avec un relais de croissance en Asie.
- NWC — Titre défensif avec un pouvoir de prix unique.
- FRU — Rendement élevé, modèle allégé, mais à surveiller de près.
- SOBO — Bon potentiel, mais historique encore court comme entité indépendante.
- PEY — Le plus grand potentiel de croissance, mais aussi la plus grande volatilité.
Les risques de l’investissement en dividendes
L’investissement en actions à dividendes canadiennes comporte son lot de risques à comprendre avant d’investir :
- Coupures de dividende — Jamais garanti; une entreprise peut le réduire du jour au lendemain si sa situation se détériore.
- Concentration sectorielle — Le TSX est fortement pondéré vers les banques, l’énergie et les matériaux, ce qui peut limiter un portefeuille diversifié composé uniquement de titres canadiens.
- Exposition aux matières premières — Plusieurs titres à haut rendement proviennent de l’énergie; une chute prolongée des prix peut affecter plusieurs positions à la fois.
- Taux d’intérêt — Une hausse rend les obligations plus concurrentielles face aux actions à dividendes, ce qui peut peser sur leur valorisation.
- Risque de valorisation — Un rendement élevé peut signaler que le marché anticipe une détérioration; les filtres de qualité (P/E, ROE) comptent autant que le rendement lui-même.
Mot de la fin
Ma méthodologie repose sur cinq filtres complémentaires — rendement du dividende, P/E, ROE, capitalisation boursière et performance sur 5 ans — appliqués simultanément pour identifier des actions canadiennes à dividendes qui combinent revenu, qualité et croissance historique. Seulement 12 entreprises ont passé ce test sur l’ensemble du marché, ce qui démontre l’utilité d’une approche objective plutôt qu’une sélection à l’instinct.
Cela dit, un screener n’est qu’un point de départ, jamais un point d’arrivée. Chaque entreprise mérite une analyse individuelle avant de faire partie de votre portefeuille — idéalement dans un compte enregistré comme un CELI ou un REER. Investir à la Bourse de Toronto demande de la rigueur, de la patience et de la recherche continue.
Questions fréquentes
1. Quel est le meilleur rendement du dividende pour une action canadienne?
Un rendement de 3 % à 6 % est un bon équilibre entre revenu et sécurité. Un rendement beaucoup plus élevé mérite une vérification approfondie.
2. Les banques canadiennes sont-elles toujours un bon choix pour les dividendes?
Elles ont un historique impressionnant de versements ininterrompus, mais cela dépend de votre profil de risque et de votre diversification.
3. Est-ce risqué d’investir dans les actions énergétiques à dividendes?
Oui — elles sont sensibles aux fluctuations des prix des matières premières, ce qui peut affecter la stabilité du dividende.
4. Un screener boursier suffit-il pour choisir mes actions?
Non. Il identifie des candidats selon des critères quantitatifs, mais ne remplace pas une analyse qualitative.
5. Comment débuter dans l’investissement en dividendes au Canada?
Ouvrez un CELI ou un REER, définissez vos propres critères, puis étudiez chaque entreprise — ou explorez les meilleurs FNB de dividendes pour une approche plus diversifiée.

